Par_les_beaux_yeux_dEmilie HOą{HOą{ BOOKMOBI ! Ř * : J Z j z Ş ş Ę Ô Ô4 Ô` É MOBI č ýépíMÂ ˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙ R ˙˙˙˙˙˙˙˙ ˙˙˙˙ ˙˙˙˙˙˙˙˙ ˙˙˙˙EXTH d Alexandre Lemieux , : žôíěťéčâÓ@@ Ě Í Î Ď ` Par les beaux yeux d'Ămilie
Cette nouvelle d'Alexandre Lemieux est disponible selon la licence Creative Commons suivante : http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.5/ca/
Plus de détails sur le site de l'auteur à l'adresse suivante : http://www.fortrel.net/emilie/
« Papa, veux-tu écouter la séance d'information jusqu'à la fin avant de décider de manière aussi catégorique !
â Ça ne sera pas très long, M. Simard, » renchérit la conseillère.
Depuis mon accident, ma fille s'est mise dans la tête que j'ai besoin d'un implant Virtuaplex pour continuer à vivre. Ils me traiteront de vieux jeu si ça leur chante, il n'est pas question que je laisse quiconque sectionner ma moelle épinière pour y insérer un implant, aussi récent et à la fine pointe de la technologie soit-il. Émilie devrait se contenter de m'avoir traîné jusqu'aux bureaux de Virtuaplex. C'est un exploit en soi. Si je coopère et visionne avec diligence le matériel publicitaire, ce n'est que pour faire plaisir à ma fille.
La vidéo montre un cycliste puis passe à une autre image où on voit le sujet dans le fameux harnais Machin-Truc. Ses membres bougent de manière à simuler les mouvements du cycliste, mais on dirait un pantin désarticulé manipulé par un marionnettiste ivre. Je retiens un éclat de rire.
« Avec Virtuaplex, la perte d'un membre n'est plus un obstacle à la pratique de vos activités favorites. »
Je sens la main d'Émilie se resserrer sur mon bras, comme si je n'avais pas compris que cette phrase m'était destinée.
« Des recherches cliniques ont démontré que les victimes de graves accidents récupèrent l'usage de leurs membres jusqu'à 20 % plus rapidement qu'avec des traitements de physiothérapie traditionnelle. »
Un autre fondu : prise de vue à couper le souffle sur un pic rocheux. J'en ai assez vu, mais j'ai promis à Émilie d'écouter jusqu'à la fin. Je me cale dans mon fauteuil roulant, pense à croiser les jambes, et me rappelle qu'elles ont toutes deux été sectionnées au dessus du genou. Est-ce que ce truc peut vous guérir du syndrome des membres fantômes ?
« L'escalade n'aura jamais été aussi sécuritaire qu'avec Virtuaplex. Choisissez votre niveau de difficulté et lancez-vous à l'attaque de la montagne sans craindre de tomber. »
Mais qu'est-ce qu'ils vont inventer après ça ?
« Pratiquez vos sports favoris en compagnie de vos amis ou laissez Virtuaplex vous jumeler à d'autres joueurs de votre calibre. »
On se croirait dans une agence de rencontres.
« Virtuaplex, la nouvelle génération de réalité virtuelle, maintenant offerte au Canada. »
Le vidéo se termine, et la vendeuse â non, la conseillère â me regarde avec un large sourire. Je feins un sourire moi aussi ; je me vois mal lui dire : « Ma fille m'a traîné ici de force. Je n'ai pas vraiment l'intention d'acheter quoi que ce soit, merci. »
Je simule un air intéressé, ramasse quelques formulaires et une carte d'affaires. La conseillère va jusqu'à inscrire son numéro personnel à l'arrière. Je me demande quelle commission elle peut to ucher.
Après des salutations de routine, ma fille et moi sortons du bureau. Nous nous arrêtons devant la porte de l'ascenseur.
« Je vais te reconduire à la maison, papa. Isabelle et moi sortons à Ottawa ce soir. Je vais la rejoindre pour le souper.
â Je peux conduire. Nous sommes presque à côté de son appartement ici. Je vais t'y déposer en passant. Tu reviendras à la maison en taxi.
â Je préférerais aller te reconduire. Depuis ton accident...
â Émilie Simard, je suis assez grand pour me débrouiller seul. Il me reste mes deux bras : je peux conduire ma voiture. Je n'ai pas besoin que tu me surveilles constamment.
â Mais...
â Pas de « mais ». Va voir ton amie et passe une bonne soirée. C'est un ordre. »
* * *
Je me suis levé tôt, j'ai grimpé dans ma chaise et je suis passé à la salle de bain. Pour plus de mobilité, ma chaise roulante se convertit en véhicule à deux roues, maintenue en équilibre grâce à une batterie de gyroscopes. Dans son harnais, mon corps est à la même hauteur qu'avant mon accident, me permettant d'effectuer mes tâches quotidiennes avec facilité.
Je peux me voir au complet dans le miroir de la salle de bain. C'est pratique pour me raser, peigner ce qui me reste de cheveux et étudier mon portrait.
Après avoir fait ma toilette, je sors de la salle de bain et je tombe face à face avec un homme dans la vingtaine en sous-vêtements. Émilie a ramené un garçon à la maison une fois de plus. Il est défiguré par deux affreux yeux vitreux sans paupières ni pupilles. Je reste interdit quelques secondes, puis lui cède finalement la voie. Je ne peux m'empêcher de regarder au passage ses yeux. On dirait des verres fumés réfléchissants.
Le jeune homme s'enferme dans la salle de bain et, après quelques instants à contempler la porte close devant moi, je me décide à rouler vers la cuisine.
Je ne comprends pas ce qui pousse cette génération à se mutiler le corps avec des implants aussi envahissants. Des yeux bioniques... Pourquoi se défigurer à ce point ? Un zoom de 50X, une vision nocturne et une caméra intégrée : ce n'est pas suffisant pour me faire greffer ce genre de trucs. Et où peuvent bien être ses vrais yeux ? Dans un bocal de formol à la maison ?
Dans la cuisine, je me verse une tasse de café. J'y ajoute crème et sucre, puis j'attrape le journal du matin laissé sur le coin de la table. Je fais passer ma chaise en position « assise », m'installe à table et commence à feuilleter le journal.
Le jeune homme quitte la salle de bain quelques minutes après y être entré et retourne à la chambre d'Émilie sans m'adresser un seul mot. Lorsque les deux amoureux se décident à quitter leur tanière, il est déjà onze heures, et j'ai depuis longtemps terminé la lecture de mon journal. Je dépose une crêpe sur le plateau et le porte à la table, près d'un bol de fruits frais et d'une carafe de café fumant. Mon instinct de père m'a indiqué le bon moment pour allumer la cuisinière afin que les crêpes soient bien chaudes lorsque ma fille se pointerait le nez dans la salle à dîner. Ou peut-être est-ce simplement l'habitude de vingt-quatre ans de vie commune. On vient à connaître ses enfants presque autant que soi-même.
« Papa, je te présente Déreck. Déreck, voici mon père. »
Je fais signe de la tête, mal à l'aise face à ses yeux de cyborg. Je ne sais pas où il regarde et ça me donne la chair de poule. Comment peut-on passer ses jours avec un conjoint aux yeux cybernétiques ? Il est impossible de lire son humeur, de savoir si son sourire est honnête ou pas. Je deviendrais dingue en quelques jours.
« J'ai fait des crêpes, signalé-je malgré l'évidence. Le café est prêt. »
Déreck entoure son bras autour d'Émilie et lui chuchote quelque chose à l'oreille.
« Papa, dit-elle, il y a ce restaurant que Déreck n'a pas arrêté de me parler. Il paraît qu'ils font des déjeuners super. »
Je ne dis rien, mais fronce les sourcils. Déreck enfile déjà ses souliers. Émilie attrape leurs manteaux et revient à la salle à dîner.
« Tu en fais trop, » souffle-t-elle à voix basse. « Tu le rends mal à l'aise. On va déjeuner. Je repasserai plus tard dans la journée. »
Elle dépose un baiser sur ma joue et file vers la porte. Elle glisse ses pieds dans ses sandales et va rejoindre Déreck, qui l'attend déjà sur le perron. La porte se referme.
Je prépare un copieux petit déjeuner pour ma fille et son copain et on me plaque là, sans le moindre remerciement ni l'ombre d'un remords. Je lancerais la spatule que j'ai entre les mains si ce n'était pas si compliqué pour moi de ramasser des objets sur le sol.
Qui m'a foutu une fille pareille ? Elle a le caractère de sa mère. Et elle se demande encore pourquoi j'ai demandé le divorce.
* * *
« Déreck, t'as vraiment pas été correct avec mon père.
â Il m'aime pas, c'est tout. T'as vu la façon dont il me regardait ? » Déreck déchire un morceau de croissant avec ses doigts et continue de parler en mastiquant. « Je suis pas dans les grâces du paternel, mais je m'en fous. Je n'arrêterai pas de vivre pour ça. »
Amener Déreck à la maison a été une erreur, mais il est si charmant. Ses yeux bioniques lui donnent un look mystérieux qui me fait frissonner. Je redeviens une petite fille lorsque je suis avec lui.
Je porte la tasse de café à mes lèvres, prends une petite gorgée et le contemple. Il a rapidement changé de sujet. Il me raconte son dernier voyage aux Philippines, les problèmes qu'il a eus pour rentrer au pays avec ses nouveaux implants même si tout était en règle. Je l'écouterais parler pendant des heures.
Lorsqu'il m'annonce qu'il doit aller rejoindre des amis afin de compléter un travail pour son cours de mise en marché, je l'embrasse et le regarde ramasser ses choses.
« Je vais attendre un peu ici. Appelle-moi ce soir. »
Si je n'étais pas en public, je lui sauterais au cou et déchirerais ses vêtements plutôt que de le laisser partir. Il s'en va néanmoins, et je me retrouve seule à siroter mon café.
Je me remémore la nuit passée lorsqu'un bruit familier résonne dans ma tête. Autour de moi, les gens n'ont rien entendu, puisque mes implants m'injectent ce son directement dans mon nerf auditif. Le nom d'Isabelle se superpose discrètement à mon champ visuel : elle me demande d'entamer une discussion en réalité virtuelle. Dans mes oreilles, sa voix se fait entendre.
« Émilie, j'ai un petit quinze minutes entre deux cours ; viens me raconter comment s'est terminée ta soirée. »
Je serre ma bourse contre moi et prends une position confortable. Avec quelques mouvements d'yeux, j'active la conversation, laissant mes agents virtuels surveiller l'espace autour de moi pendant que je suis dans le monde virtuel.
Une chaleur accablante me frappe dès que les flux nerveux induits prennent le dessus sur la réalité. Isabelle a choisi un sauna comme lieu de rencontre, et les vêtements de mon avatar ne sont guère appropriés. D'un mouvement de la main, j'accède au menu de la simulation et choisis parmi les suggestions vestimentaires. Une serviette fera l'affaire.
Je m'étonne à chaque fois du réalisme des environnements auxquels Isabelle a accès. Son abonnement doit coûter une petite fortune à ses parents. Les planches de cèdre me brûlent les pieds, et l'air chargé d'humidité est à peine tolérable.
La voix d'Isabelle me parvient de derrière moi. Je me retourne et marche vers le banc situé à côté du sien. La jeune femme a roulé sa serviette pour s'en faire un oreiller et est étendue, nue, sur le banc de bois. Son avatar est d'une perfection à couper le souffle. On peut à peine le différencier de l'originale.
J'arpente le sauna du regard, un peu mal à l'aise par le manque de pudeur de mon amie. Je dois avouer que même ma serviette semble de trop dans cette chaleur. Je sens une goutte de sueur se former sous mes seins et glisser sur mon ventre.
« C'est l'amour ? demande Isabelle. Est-ce que le prince charmant que tu as ramené chez toi s'est transformé en grenouille dans ton lit ?
â Qu'est-ce que tu racontes là ? Bien sûr que non. Il est superbe, jusque dans les moindres détails.
â Les moindres détails ?
â Oui, sur toute la ligne, dis-je en souriant devant le sous-entendu. Je me sens légère comme le vent, mais je ne sais pas si ça va durer. Il est gentil avec moi et tout, mais je ne crois pas qu'il soit du type à s'attacher. J'ai l'impression de vivre dans un rêve, d'être sur le point de me réveiller et de me rendre compte qu'il ne voulait qu'un peu de compagnie. Tu as vu la façon dont il te regardait hier. C'est évident que c'est dans ton lit qu'il voulait finir la soirée, du moins jusqu'à ce que Sandra te couvre de baisers.
â Tu ne crois pas qu'il désirait encore plus terminer la soirée dans mon lit, entre Sandra et moi ? Tu connais les hommes... Mais ne t'inquiète pas, Émilie, tu n'as rien à craindre. Sandra et moi sommes des dures : pas d'hommes dans nos lits. »
Son ton frôle le ridicule mais je sais qu'elle dit vrai. Elle a eu plusieurs compagnes depuis que je la connais â elle a même tenté de me faire du charme à quelques reprises â mais jamais d'homme.
« Si on parlait de choses sérieuses. Tu m'as promis tes enregistrements sensoriels, et Déreck aussi.
â Je sais, mais...
â Tu ne vas pas revenir sur ta décision ? Émilie, c'est pour faire avancer la science. » Elle sourit, comme si elle ne croyait pas elle-même au sérieux du projet auquel elle a investi les trois dernières années. « J'ai besoin de ces fichiers pour mieux comprendre les flux sensoriels lors des relations sexuelles. C'est très sérieux. Et ça demeure ultraconfidentiel.
â Tu vas essayer de me faire croire que tu ne te repasses pas un fichier en simulation sensorielle lorsque Sandra est en congrès à l'autre bout de la planète&nb