Solaris 168
Malgré l’image de la couverture et le fait que Nathalie et moi attendons un bébé, j’ai lu le numéro 168 de la revue Solaris. Voici donc ma critique du volet fiction.
L’Évasion, par Alexandre Babeanu
Voici le texte récipiendaire du Prix Solaris 2008, par Alexandre Babeanu. On y suit Martin alors qu’il est prisonnier d’une prison virtuelle et que son corps est en stase. Dans un excès d’ennui, Martin a reconstruit un modèle virtuel de la ville de Paris d’une perfection à couper le souffle. Lorsqu’une inconnue fait irruption dans sa simulation de Paris, Martin y voit une opportunité de tromper ses geôliers et de s’évader.
Le texte est bien écrit et j’ai particulièrement apprécié comment Alexandre Babeanu est parvenu à expliquer plusieurs concepts informatiques de manière efficace, voire même poétique, sans pour autant s’encombrer de jargon technologique (techno-babble.) Certains éléments de l’histoire viennent par contre miner la vraisemblance de l’intrigue. Le crime qu’a commis Martin semble disproportionné par rapport à la sentence qu’on lui a infligé. De plus, pourquoi catapulter les corps de milliers de criminels en stase en orbite alors qu’on pourrait les garder ici, sur Terre, dans un sous-sol? Sans que ni l’un ni l’autre de ces exemples n’affectent en soit l’intrigue principale du texte d’Alexandre Babeanu, c’est le genre de détails qui me fait grincer des dents.
Sa vie au bout du pinceau, par Philippe-Aubert Côté
Voici le premier des deux textes de Philippe-Aubert Côté publiés dans le numéro 168 de Solaris. Je ne sais pas si les doublés sont fréquents chez Solaris, mais ça reste un exploit et je tiens à féliciter mon collègue d’atelier Philippe-Aubert Côté. Ça n’arrive pas tous les jours. Sa vie au bout du pinceau est le texte récipiendaire du Prix Boréal 2008 pour le concours d’écriture sur place.
On suit un artiste peintre atteint de la maladie d’Alzheimer qui découvre que ses œuvres ont des répercussions sur le monde qui l’entoure. La progression de sa maladie se voit ralentir, et même renversée, alors qu’il peint les portraits de gens qu’ils croisent au café du coin. Le texte est court et le thème général est classique, mais il demeure tout de même efficace. Considérant que ce texte fût écrit en quelques heures, c’est très bien.
Le Premier de sa lignée, par Philippe-Aubert Côté
Le Premier de sa ligné est un texte que j’ai eu la chance de lire il y a quelques années dans le cadre d’un atelier d’écriture d’Élisabeth Vonarburg. La version que je lis ici dans le numéro 168 de Solaris est plus directe et a un rythme plus soutenu.
On se retrouve à Montréal dans un futur où une bonne partie de la population se fait modifier, une fois adulte, pour obtenir des caractéristiques animales afin de mieux fonctionner dans leur travail ou tout simplement pour des questions esthétiques. Ugo, le personnage principal, s’est fait transformer en home-loup afin de mieux comprendre ces créatures qu’il étudie en tant que biologiste. Lorsqu’un double meurtre survient dans un hôpital qui se spécialise en néomorphisme, il est appelé par la police pour se servir de son flaire et retracer les tueurs. Ugo se retrouvera sur la piste de fanatiques parmi les rangs desquels son ancienne petite amie fait maintenant partie. Une bonne histoire d’enquête policière sur fond de science-fiction (même si je ne parviens toujours pas à m’expliquer pourquoi quelqu’un se ferait transformer en homme-tortue…)
Voici l’âge de glace, par Claude Lalumière
Voici un texte post-apocalyptique intriguant mais tout de même classique. Pour une raison qu’on n’explique pas, tous les appareils électriques de la planète ont subitement cristallisé, tuant la grande majorité de leurs utilisateurs. Partout, les téléphones cellulaires, voitures (rappelez-vous que même les voitures à essence ont leur lot de composants électriques) et téléviseurs ont semé la mort, capturant parfois leurs utilisateurs dans une masse de glace qui ne fond pas.
On y suit l’héroïne (qui n’est pas nommée) et Mark, deux adolescents montréalais qui ont survécus à la « glaciation » et qui vivent depuis peu dans ce monde post-apocalyptique. Le frère de Mark, Daniel, prend des airs menaçants de gourou et ceci inquiète l’héroïne.
Le monde post-apocalyptique décrit par Claude Lalumière m’a fait penser à Ravage de Barjavel. Si l’idée est intéressante et le texte bien écrit, j’ai trouvé qu’il manquait un peu d’originalité.
La Fin du conte, par Pascale Raud
Voici un autre texte issu des ateliers d’écriture d’Élisabeth Vonarburg, cette fois-ci signé de la plume de ma collègue Pascale Raud. Encore une fois, je me souviens en avoir lu une version préliminaire il y a plusieurs mois. Cette version-ci est plus directe, mais les différences sont moins flagrantes que pour le texte de Philippe-Aubert Côté.
On y suit un écrivain (qui n’est pas nommé) alors qu’il entre en contact avec d’étranges créatures aquatiques qui semblent lui conférer une inspiration prodigieuse. Lorsque celle-ci vient à manquer, le protagoniste sombre dans une létargie profonde et les pensées noires le submergent. En dire plus dévoileraient les tournants de l’histoire.
Ce texte est efficace, même s’il me fût un peu difficile de m’attacher à un protagoniste aux penchants dépressifs.
Zeitnot, par Ariane Gélinas
Ariane Gélinas nous propose ici un texte de science-fiction décrivant une société ou les sentiments humains semblent tabous. On y suit Aeon, un administrateur qui veulle sur d’autres humains comme s’il s’agissait de robots ou de simples objets. Il ne s’étonne guerre lorsqu’il apprend les événements qui frappent les membres de sa famille. Ces derniers (sa femme et son fils) semblent tous deux considérés marginaux parce qu’ils démontrent des comportements émotifs, se laissant aller à leurs impulsions, leurs désirs.
Je n’ai qu’une seule chose à reprocher (oh les grands mots!) à ce texte; c’est la difficulté que j’ai eu à prendre pour le personnage principal qui est si distant et de marbre face à ce qui arrive à ses proches. L’histoire aurait peut-être été plus efficace si elle avait été raconté au travers des yeux d’un autre personnage.
L’Affaire de la pension astronomique, par André-François Ruaud
Voici une nouvelle différente qui serait définitivement mon coup de cœur pour le numéro 168 de Solaris si l’intrigue avait été menée un peu différemment vers la fin. On se trouve en pleine dystopie/histoire alternative où une bonne partie de l’Europe semble être soviétique, sous le régime d’un Tsar, alors que la France, elle, est communiste. L’introduction est un peu longue, mais sert tout de même comme un intéressant point de départ pour une enquête policière qui prend rapidement des tournants ésothériques. Seule ombre au tableau; une finale qui sort un peu de nulle part et qui arrive sans vraiment que Bodichiev, le protagoniste, enquêteur de police, n’y soit pour quelque chose. Je suis de ceux qui préfèrent lorsque la conclusion d’une histoire découle directement des actions des personnages. Ici, ce n’est que parce que Bodichiev est au bon endroit au bon moment (ou le contraire, plutôt) qu’il fait partie de la conclusion. Sinon, l’ambiance est particulièrement bien développée et l’histoire est originale et rafraîchissate.
Une nouvelle tête… ou un nouveau corps? par Sylvie Bérard
Pas d’histoire ici, mais plutôt un article scientifico-publicitaire fictifs tiré tout droit d’un magasine qui sera publié plus tard ce siècle-ci. On y décrit l’historique de la greffe de cerveau en passant par les transplantations d’organes, etc. C’est un texte original et plaisant à lire, composé avec le sérieux qu’aurait le journaliste scientifique du futur.
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Merci pour ce commentaire sur mon texte, c’est toujours apprécié !
Allo Ariane,
J’ai toujours peur de froisser les gens lorsque je critique Solaris; peut-être parce que je connais en moyenne 50% des auteurs.
J’essaie d’être honnête. Merci d’avoir pris la peine de laisser un commentaire.
Alexandre
Avec un peu de retard, merci pour ton commentaire, Alexandre ! C’est d’autant un compliment pour moi que tu aimes peu le fantastique
et que le personnage t’avait agacé par le fait qu’il n’a pas d’identité.