Le Vide, de Patrick Senécal

octobre 2, 2007

Le Vide, par Patrick Senécal

Voici le tout dernier (ah non, pas tout à fait) roman de Patrick Senécal. Disons donc qu’il s’agit de son dernier roman destiné à un public adulte. Définitivement adulte. Le Vide est un roman policier mais tous ceux qui ont déjà lu l’auteur savent qu’il ne peut s’empêcher de dériver vers l’horreur. Ce n’est pas une simple histoire où un enquêteur tente d’élucider un crime. On a affaire ici à une réflexion sur toutes les choses stupides que l’Homme peut faire, sur l’insignifiance, sur les injustices, et sur les gestes que posent ceux qui constatent Le Vide.

Patrick Senécal s’en donne à coeur joie à critiquer la télé-réalité parce que, après tout, c’est autour de ce sujet central que l’histoire gravite. On suit tout d’abord Pierre Sauvé, un détective de Drumondville dont l’enquête déjà peu banale prend encore plus d’ampleur. Il y a aussi Frédéric Ferland, un psychologue désoeuvré à la recherche de sensations fortes. Et finalement, il y a Max Lavoie, jeune milliardaire et animateur de l’émission de télé-réalité de l’heure, Vivre au Max. Les plans de ces trois personnages s’entrechoquent et aucun s’en tirera indemne.

De tous les personnages, Pierre Sauvé est le plus attachant malgré (ou à cause de…) ses défauts. Ses réactions sont très humaines, parfois irréfléchies, et on embarque vraiment. Ses relations avec ses collègues de travail et sa fille sont fortes, empreintes de réalisme.

La structure narrative de Le Vide est un peu plus complexe que les autres romans de l’auteur, comme l’indique la numérotation étrange des chapitres. Ne vous en faites pas trop. Si les chapitres ont été numérotés selon leur ordre chronologiques, vous n’aurez pas à naviguer d’un bout à l’autre du livre comme dans un livre dont vous êtes le héros. L’ordre dans lequel les chapitres sont présentés représente bel et bien l’ordre de lecture. On suit donc trois personnages, avec de nombreuses scènes en flashback. Si Patrick Senécal a réalisé ce tour de passe-passe avec brio, il n’en demeure pas moins que certains lecteurs moins expérimentés pourraient y voir là une difficulté supplémentaire.

Le Vide offre un bon équilibre entre l’enquête policière, le développement de personnages crédibles et efficaces, la réflexion et — parce que c’est un livre de Patrick Senécal, après tout — l’horreur, le gore et le sexe. Rien de futile ou gratuit (sauf peut-être une scène ou deux si vous voulez mon avis) mais tout de même assez graphique et explicite. À déconseiller aux enfants et aux coeurs sensibles.

J’ai bien aimé ma lecture de Le Vide. Le roman est volumineux mais n’a pas de longueur. Si ça ne vous dérange pas trop de faire brasser votre cage, plongez dans la lecture de Le Vide, vous ne le regretterez pas. Mon coup de coeur: une entrevue avec des participants de l’émission Vivre au Max qui caricature à merveille le vocabulaire — comment dire? — élaboré de Loft Story. J’en ai rit aux larmes!

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5 Responses to “Le Vide, de Patrick Senécal”

  1. Bien d’accord avec toi Fortrel. J’ai adoré ce livre. Il fait réfléchir sur le vide dans la vie de ces personnages qui ne sont que des extrapolations caricaturées de tous et chacun d’entre-nous. Ils sont attachant puisqu’ils nous font penser à des gens réels que nous connaissons. Ce livre a changé ma vie. Cet ouvrage n’offre pas une critique du vide ni un antidote mais offre simplement une constatation sur le vide. Une vision lucide à la manière de Fahrenheit 451 sur la facon dont nous remplissons notre vie quotidienne avec des ‘packing peanuts’, du vide quoi. Bref, un livre bouleversant. Au point de vue littéraire, l’agencement des chapitre est extrememnt efficace. Ca m’a fait beaucoup penser à Pulp Fiction dans la structure. Recommendé à 100%

  2. J’ai bien apprécié la lecture du vide aussi, la construction narrative particulière, la psychologie des personnages, je me suis bien attaché à eux. Et j’ai dévoré le roman jusqu’à la fin, un week-en où j’étais disposé à me taper une brique. Une chose m’a un peu chicoté cependant: j’aime bien quand Patrick Sénécal glisse des allusions à d’autres de ses romans, ça donne une cohésion à son univers à mes yeux. D’habitude il se limite à une allusion mais dans Le vide il y en a beaucoup plus, et parfois des allusions à d’autres romans fantastiques qui cadrent moins avec l’univers réalistes du vide (comme Aliss par exemple). Et j’avoue que ces petites inside jokes m’ont fait décrocher temporairement en me rappelant à chaque fois que je lisais un roman de Sénecal Mais c’est bien peu comparé au reste du roman qui m’a captivé jusqu’à la fin. Ah, si on pouvait tous écrire de façon aussi captivante…

  3. Allo Philippe,

    Oui, effectivement, Patrick semble prendre un vilain plaisir à faire des liens entre tous ses romans, qu’on les classe « Horreur », « Policier » ou « Fantastique ». On dirait que tout se passe dans le même « monde ». Je n’y vois pas trop de problèmes dans la mesure ou 99% des habitants de ce monde n’auront aucun contact avec des événements à saveur fantastique. Les histoires « réelles » pourraient donc tout aussi bien être situées dans ce monde mais ne pas comporter aucun élément de fantastique.

    Sauf pour Aliss et 5150 rue des Ormes, les liens entre les romans de Patrick sont plutôt légers. La plupart du temps c’est un article de journal, un bulletin de nouvelle à la radio ou à la télé, ou encore un personnage qui se remémore vaguement tel ou tel cas. Ça reste des « inside jokes », comme tu dis, et je n’ai pas trouvé, personnellement, que ça affectait la fluidité de l’histoire. Les détails viennent rarement affecter le cours de l’histoire.

  4. Tu as raison : le livre n’apporte aucune solution, ce qui en fait quelque chose d’encore plus troublant. On rencontre des gens « vides » à tous les coins de rue. Heureusement, le monde est aussi composé de tout plein de gens qui se passionnent pour divers sujets. Personnellement, j’aurais besoin de journées de 36 heures pour faire tout ce que je voudrais faire.

    Il y a des choses que je considère comme des pertes de temps, mais que j’aime quand-même faire. Les jeux vidéo, par exemple. Ça ne m’apporte rien, et je ne « grandis » pas en jouant, mais il y a des moments où il faut être capable de juste s’amuser. On ne peut pas être productif à 100%. En tout les cas, pas moi. La vie deviendrait trop rude et le burn-out se pointerait le nez à la première occasion. Bon, ça ne veut pas dire que je vais aller jusqu’à écouter de la télé-réalité… Il y a des limites, quand-même!

    Alexandre
    Fidèle télé-spectateur de la première saison de Loft Story.

  5. Quoi de mieux qu’un livre qui fait réfléchir, le Vide le réussit à merveille.

    Rien de plus à dire que génial.

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