Chronoreg, par Daniel Sernine

juin 11, 2007

Chronoreg

Daniel Sernine est une figure importante de la science-fiction québécoise et son oeuvre est non-négligeable. Étonnant, dans ce cas-là, que je n’aie rien lu de lui avant ce jour. C’est pourtant la conclusion à laquelle je suis venu en lisant jadis le Top 10 des incontournables de la SFQ de Christian (et plus particulièrement ce billet.) Quelques jours plus tard, je me procurais ce livre, Chronoreg, paru aux éditions Alire. Le livre est resté quelques mois sur les tablettes de ma bibliothèque et ce n’est qu’il y a quelques semaines que j’en ai débuté la lecture.

Qu’est-ce que Chronoreg? La réponse technique serait: contraction de « Chrono-régression, » effet encore incompris d’une drogue — du même nom — qui projette l’utilisateur dans son passé. Selon la dose, il est possible de remonter le temps. C’est du moins ce que prétendent les rumeurs.

Denis Blackburn est un agent du contre-espionnage québécois qui s’intéresse à cette drogue dans l’espoir de remonter le temps et de sauver son jeune amant décédé quelques jours plus tôt au Mexique. L’opération tourne au vinaigre et les problèmes s’empilent pour ce personnage sombre et déplaisant. L’action prend place de nos jours, dans une uchronie où un Québec indépendant est en guerre contre Terre-Neuve et le Canada.

Chronoreg est un roman de Hard-SF très noir. Les thèmes exploités défient les tabous: drogue, sexe, homosexualité, prostitution. Daniel Sernine n’hésite pas une seconde à brasser la cage de lecteurs habitués à des histoires faciles. Il est difficile d’aimer le héros, Denis Blackburn. Pris avec de graves problèmes de consommation d’alcool et de drogues, il manque souvent de contrôle et se lance tête première dans des situations qui frôlent le suicide. Ajoutez à cela un vocabulaire grossier, un tempérament violent et des préférences sexuelles à la limite de la pédophilie et il ne reste à Blackburn qu’une volonté de fer pour tenir le lecteur accroché. Le héros (si on peut encore utiliser ce terme…) mourrait qu’il serait difficile d’être vraiment bouleversé.

L’intrigue est un peu déroutante. Le lecteur suit Denis Blackburn dans trois ou quatre parties qui se suivent chronologiquement mais qui semblent remettre le personnage à la case départ à chaque fois. Si le livre dans son ensemble est bien construit et que la trame prend forme dans les dernières pages de Chronoreg, le lecteur se demandera probablement où s’en va Denis Blackburn (à moyen et à long terme) pendant les deux premières parties du roman.

La conclusion est bouleversante et colle bien avec le reste du roman. J’aurais par contre aimé voir Blackburn s’en tirer sans l’intervention du groupe dont je tairai le nom, histoire de ne pas vendre de punch. S’il fait le lien avec les autres oeuvres de l’auteur, le groupe en question vient brasser les cartes un peu tard dans le scénario.

Aux amateurs de science-fiction plus dure, à ceux qui aiment les histoires tordues et les héros imparfaits, je vous recommande fortement Chronoreg de Daniel Sernine. Ce n’est pas pour rien que Christian l’a classé parmi son Top 10 de la SFQ.

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No Responses to “Chronoreg, par Daniel Sernine”

  1. Ouais, c’est dans ma (longue) liste de lectures, ce roman… Ça semble chouette, mais le concept fait vraiment penser à « En attendant l’année dernière » de Philip K. Dick, pour le truc de la drogue qui permet de voyager dans le temps.

  2. J’ai bien aimé ce roman, surtout lorsque nous voyons en « temps réel » l’effet de la drogue, alors que Blackburn vit le même événement deux fois en simultané.

    C’est le sol roman de SF québécois purement québécois: il se penche de façon réaliste sur l’avenir possible du Québec. Je souhaiterais plus de romans de la même trempe.

    Finalement, il ne faut pas oublier que Sernine a développé une histoire du futur dans ses livres de la série Argus et de la Suite du Temps, dont Chronoreg est un roman « non-officiel » je dirais.

    M

  3. Je n’ai pas lu « En attendant l’année dernière. » Mais c’est vrai que le voyage temporel est exploré à bien des sauces.

    Pour ce qui est du réalisme de l’avenir du Québec décrit dans le roman, je ne suis pas si sûr. Est-ce que le Québec des années 80 (de mémoire) aurait vraiment pu engendrer de tels groupes militaires/para-militaires/terroristes? Oui, il est facile de mobiliser des étudiants de Cégep pour une histoire de globalisation, mais de là à faire prendre les armes à un groupe assez gros pour tenir tête à l’armée… Pas certain. Mais bon, on est en science-fiction alors du moment que le lecteur accepte qu’une drogue fait voyager dans le temps, on peut bien supposer un Québec indépendant en guerre contre le Canada et Terre-Neuve.

    Oui, Chronoreg est bel et bien dans la série de Daniel Sernine. C’est très évident lorsqu’on atteint les derniers chapitres du roman.

  4. Je viens de relir Les Archipels du temps et je crois que tu devrais t’attarder sur ce roman… il y a plusieurs liens avec Chronoreg: si je ne suis pas certain d’avoir tout saisi, je crois que certaines de tes interrogations sur l’intervention en question, à la fin de chronoreg, pourraient trouver réponse.

  5. J’ai une vieille édition du premier tome à quelque part dans ma bibliothèque. C’est sur ma liste. :-)

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