Brins d’éternité 10
La lecture de Brins d’éternité 9 (dont je vous parlais plus tôt) a été suivie par le numéro 10 dont voici une critique la plus honnête que possible. Si le numéro 9 était un spécial horreur hommage à Horrifique, les numéros 10 et 11 forment ensemble un spécial science-fiction. Les textes sont en général plus longs que ceux du numéro 9 qui était composé essenciellement de textes courts. Ce numéro 10 n’a d’ailleurs pas de chroniques cinéma, lecture, etc, mais une chronique Boule à Mythes par Jean-Louis Trudel.
L’Arcuride, par Michel J. Lévesque
Voici une nouvelle de science-fiction dans l’univers qu’a développé Michel J. Lévesque lors de ses dernières apparitions dans Brins d’éternité (et dont il poursuivra le développement dans le numéro 11.) L’histoire se déroule dans un futur assez lointain où des clowns vengeurs, membres d’un groupe religieux important, font le commerce de la violence. Nous suivons Idan Centuri de la journée de son recrutement comme Arcuride jusqu’à sa retraite, 10 ans plus tard. Le problème, c’est que les dix années de service de Idan ont débuté par un lavage de cerveau qui a éliminé sa personnalité civile pour en faire une machine à tuer. Disons seulement qu’il subira tout un choc lorsqu’on réanimera sa véritable nature dix ans plus tard.
L’Arcuride est une nouvelle bien écrite. Si le rythme et la tension sont bien développés, le charabia technique (techno-babble si vous êtes plus à l’aise avec le terme anglais) afflue sans toujours ajouter du sens au récit. L’univers de Michel J. Lévesque semble très riche et l’auteur fait un bon travail à nous le dévoiler tout au long de la nouvelle même s’il emprunte de temps en temps quelques clichés du genre. Si la lecture des autres textes se déroulant dans ce monde vous permettra sûrement de mieux comprendre certains aspects, elle n’est pas nécessaire et vous ne vous sentirez pas abandonné dans un autre monde en faisant la lecture de Arcuride.
La Goutte d’eau, par Jean-Louis Trudel
La Goute d’eau est une nouvelle explorant un futur pas si lointains où les effets du réchauffement planétaire se font sentir. On y décrit le retour sur Terre de Xiulian, la première femme sur la Lune, et la vie dans les camps de réfugiés flottants du Pacifique. Après une introduction troublante centrée sur le personnage de Xiulian, Jean-Louis Trudel s’attarde surtout à décrire le monde tel qu’il pourrait être dans 10 à 100 ans. Si les merveilles technologiques des habitats flottants dernier cri sont intéressants, la fin m’a semblée courte et on doit décoder le langage corporel des personnages pour tout comprendre. Le lecteur paresseux que je suis aurait préféré une phrase ou deux de plus.
Ça me fait penser… Si la hausse du niveau des mers force des populations entières à vivre sur des habitats flottants, est-ce qu’on ne créera pas une autre forme de problème? Ces habitats et tous leurs panneaux solaires capteront la lumière du soleil, privant ainsi les algues et la mer en général d’une partie de leur apport principal en énergie. Mais peut-être surestimé-je l’étalement que pourrait avoir ces habitats. De toute façon, je divague… Vague… Bon, je repasserai pour les jeux de mots.
Notre vie inc. par William Allard
Voici une nouvelle dont la majeure partie est un spam lu par le protagoniste. Moi qui espérait que le futur ne serait plus affligé par ce fléau! Le message en question contient même du charabia légal qui, malheureusement, ne sonne pas tout à fait officiel. On y décrit une technique de prédiction du futur qui obtient de meilleurs résultats que la psycho-histoire d’Isaac Asimov si on en croit les recherches statistiques. Les petits charactères nous apprendront entre autres que cette technique a été développée au Québec (même si la Terre est MIA dans l’univers de Fondation.) L’anxiété grandissante qui découle de la lecture de ses messages et des problèmes techniques qui s’en suivent semble exagérée ou tout le moins non-justifiée. C’est à mon avis la raison pour laquelle le sort du personnage principal ne colle pas. Le thème est classique et la nouvelle demandrait d’être travaillée.
L’Analyse d’une distribution de poissons, par Alain Ducharme
Voici un texte court d’Alain Ducharme qui s’est vu décerné le prix Aurora 2006 de la meilleure nouvelle en français il y a quelques jours pour sa nouvelle Montréal, trois uchronies. Dans L’Analyse d’une distribution de poissons, on aborde les sondages téléphoniques sous un tout nouvel angle. Et si des gens s’amusaient à faire des sondages téléphoniques à travers l’espace-temps? Cette courte nouvelle nous raconte la réception des résultats de Jean-Christophe Laty et de l’interprétation qu’en fera l’analyste. Un seul petit détail cloche; pourquoi est-ce que le Jean-Christophe du futur, celui qui répond au sondage, ne se rappele pas avoir fait affaire avec Chrono-poll dix ans plus tôt?
Ceci dit, on passe facilement par dessus ce détail. La lecture est rapide et plaisante. Personnellement, j’opterai pour la même stratégie que l’analyste du récit, Anna St-Cyr, au détriment de toutes les firmes de sondages, qu’elles m’appellent du passé ou du futur.
Tags Technorati
: brins eternite | fanzine| critic | science fiction | reading | 2006



Leave a Reply