Solaris 158

avril 24, 2006

Solaris 158

Un spécial Bolduc, ce numéro de Solaris nous offre trois nouvelles de Claude Bolduc, un grand auteur qui a produit plusieurs textes horrifiques au cours des dernières années. La couverture est également le fruit du travail d’un autre Bolduc (aucun lien de parenté.) Si vous pourriez vous attendre à un spécial horreur, ne vous faites pas trop d’attentes parce que ce numéro de Solaris ne vous présente pas que de l’horreur… mais ne vous fiez pas sur moi et faites-en donc la lecture.

Le Masque, de Claude Bolduc

Le Masque est une courte nouvelle qui exprime plus le malaise que l’horreur. Elle est écrite d’une main de maître avec un vocabulaire qui pourrait sembler trop alambiqué dans d’autres circonstances mais qui s’accorde très bien au narrateur. Les personnages y sont flous et on n’en apprend pas beaucoup sur le personnage principal, du moins pas assez pour s’inquiéter vraiment de son sort. Je suis resté sur mon appétit. J’aurais voulu en apprendre un peu plus sur l’antagoniste, ses motivations et peut-être ses pouvoirs.

Ta gueule, Fritz! de Claude Bolduc

Quelqu’un avait laissé sous-entendre que les nouvelles de Claude Bolduc qui se retrouvaient dans ce numéro de Solaris étaient des textes d’horreur. Définitivement, il était dans l’erreur. Ta gueule, Fritz est une jolie nouvelle de fantastique qui vous accroche un sourire au visage. Elle se lit d’un trait. La narration est directe, populaire, et le rythme est relaxe mais quand-même rapide. Pas de mots en trop ou de creux, juste une belle petite histoire où le point de vue passe de l’écrivain à son chat à quelques reprises.

Regarde-moi, de Claude Bolduc

Regarde-moi est une nouvelle érotique, le troisième texte de Claude Bolduc de ce numéro de Solaris et aussi le plus long. On y suit Luna, une prostituée qui rend visite à un client qui semble normal à priori mais dont le comportement devient de plus en plus étrange. Luna se retrouve attachée à un lit et c’est là que ça commence à se corser pour elle.

Regarde-moi est écrite avec un langage très fluide qui se lit très bien. Présenté sous le point de vue de Luna, l’élément fantastique de la nouvelle n’arrive que très tard. On se demande pendant un bon moment ce qui va arriver de fantastique, étant donné que cette nouvelle se retrouve dans Solaris et que l’auteur est un spécialiste des histoires d’horreur.

La finale est bien présentée et on n’a pas à lire trop longtemps entre les lignes pour comprendre ce qui s’est passé. Certains voudraient peut-être plus de détails, d’autres préfèreraient travailler d’avantage pour analyser la fin. Je crois que Claude Bolduc a visé juste ici pour plaire à ces deux types de lecteurs.

Coup de vent, de Marie Pelletier-Neault

Coup de vent est une très courte nouvelle qui a été écrite dans le cadre du concours d’écriture sur place du congrès Boréal 2005. Vous comprendrez donc que le texte, qui compte un peu moins de deux pages, est limité et ne présente pas une fiction comme on a l’habitude de lire dans Solaris. L’auteure y décrit un combat acrobatique entre deux personnages qui ont choisi un chapiteau comme arène.

Bien écrite, cette nouvelle nous relate le combat du point de vue d’un narateur omniscient. À mon avis, ceci cause un détachement si bien qu’on n’a pas l’impression d’être assis dans les gradins avec les spectateurs, ni dans la peau d’un des combatants. Le choix d’un narateur aligné (peut-être l’animateur de foule ou encore un technicien de scène) aurait peut-être rapproché le lecteur mais aurait également nécessité deux ou trois paragraphes supplémentaires que l’auteure n’avait peut-être pas le temps d’écrire.

L’Effaceur, de François-Xavier Liagre

L’Effaceur de François-Xavier Liagre est une nouvelle fantastique où un homme rencontre son psychologue pour parler de ses problèmes et de cette fâcheuse mani qu’il a d’effacer les gens lorsque les discussions s’envenîment. Quoi que bien écrite, on peut prévoir la fin de cette nouvelle dès la deuxième page.

Les dialogues sont bien réalisés et très dynamiques. C’est ce qui fait la force de cette nouvelle dont la grande majorité du texte est constituée des dialogues entre l’effaceur et son psychologue, tantôt du point de vue du premier, tantôt de l’autre. Ça fonctionne bien mais j’aurais aimé un retournement inattendu à la fin. C’est sûrement parce que cette nouvelle est publiée dans Solaris et que le lecteur s’attend à voir surgir un élément fantastique à un moment ou un autre. Dans un autre magasine, la même fin aurait peut-être déclenché d’autres réactions.

Tout l’espace du monde, de Holly Phillips

Tout l’espace du monde est une nouvelle dépaysante, originale et très intéressante. Ma préférée de ce numéro de Solaris. Imaginez le Canada dans une centaine d’années, à une époque où le niveau des mers a monté de plusieurs mètres et où des populations entières doivent être relocalisées. Mais où? Pourquoi pas dans le Grand-Nord canadien, là où le réchauffement planétaire se fait sentir.

Dans la plaine arctique, la toundra a laissé la place à un marécage où s’entasse des populations déportées. La boue et la sloche se mélangent dans les gettos insalubres qui forment le décors de cette nouvelle de spéculation. J’en ai terminé la lecture le lendemain du jour de la Terre. Est-ce un coïncidence?

On y suit Peter, un diplomate canadien de retour chez-lui en vacances, dans sa quête pour retrouver une vieille connaissance dans les territoires inhospitaliers au delà du Mur. La mission qu’il se fixe est très secondaire et se sont vraiment les décors exotiques et le contexte politique et social qui forme le coeur de cette nouvelle. À lire absolument.

Opération marketing, de V. K. Valev

Ce numéro de Solaris se serait terminé avec une fin plutôt angoissante sur l’avenir planétaire si ce n’avait été de cette nouvelle comique et plutôt courte de Valev. Opération marketing est une histoire de guerre et d’espionage industrielle racontée via le point de vue de l’intelligence artificielle… d’un grille-pain.

Raffraîchissante et comique, cette nouvelle nous décrit comment, à l’insu de ses propriétaires, un grille-pain et les autres appareils ménagers de la maison se livrent un combat sans merci. Est-ce que les grandes entreprises en arriveront à utiliser ces techniques un jour? Les utilisent-elles déjà? Mystère! D’ici-là, il ne manquerait qu’un haut-parleur et un microphone au grille-pain en question pour que son propriétaire puisse lui parler politique ou philosophie au petit déjeuner. N’est-ce pas là le souhait de tout être humain moderne?

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No Responses to “Solaris 158”

  1. Oserais-je m’insurger? Oserais-je traiter l’équipe de Solaris de copieur? Bien sûr! :-) )

    Car, ne l’oublions pas, un Spécial Claude Bolduc, il y en a un mémorable, évidemment, dans Temps Tôt, jadis.

    Blague à part, bravo à Claude et souhaitons bien des ventes à Solaris pour ce numéro spécial!

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