Solaris 157

janvier 24, 2006

Solaris 157

J’ai mis de côté le livre que je suis présentement en train de lire dès que j’ai reçu le numéro 157 de la revue Solaris. J’ai déjà pris suffisamment de retard, je ne tenais pas particulièrement à le voir se creuser encore plus. Le numéro 157 de la revue est particulier sur bien des points, mais je m’en voudrais de recopier l’intégral de l’éditorial de Joël Champetier alors je vous laisserai le découvrir. Pour ceux qui n’ont pas la revue entre les mains, je mettrai l’accent sur quelques points:

Premièrement, et c’est ce qu’il y a de plus évident en contemplant la couverture du numéro 157, c’est que la revue passe maintenant à un format de 160 pages. Plus de pages, plus de fiction et, à 160 pages, ça ne devrait pas trop ajouter au poids de votre sac à dos (votre chiro sera content.) On s’y attendait, le prix de la revue grimpe légèrement, passant de 7,95$ à 8,69$, mais il est toujours possible de s’abonner aux mêmes tarifs pour quelques mois encore. Je crois bien que je renouvellerai mon abonnement à l’avance, histoire de profiter de cette promotion.

Second point qui a attiré mon attention dans l’éditorial: petite rétrospective du cambriolage des bureaux de Solaris et d’Alibi dont je vous parlais plus tôt ici-même. Chapeau aux gens de Solaris qui ont su se remettre de cette mésaventure et produire le numéro 157 dans des délais très raisonables compte tenu de la situation.

Ceci dit, passons aux fictions si vous le voulez bien. (Et si vous ne le voulez pas, relisez tout simplement ces paragraphes d’introduction à quelques reprises jusqu’à ce que l’envie vous prenne de continuer.)

Dans la file pour Star Wars, et autres vérités éternelles, par Jason Taniguchi

Une nouvelle sur la science-fiction, et non pas de science-fiction. Jason Taniguchi sort des sentiers battus et nous offre une nouvelle se déroulant en 1999 alors qu’une bande d’amis planifient des stratagèmes afin d’être les premiers en ligne pour le premier visionnement de La Menace fantôme. La planification, quoique banale, s’avère intéressante alors que le narrateur y va de ses réflexions philosophiques sur la file parfaite et ses expériences personnelles. Le tout prends des tournants plus fantaisistes lorsqu’il prétend qu’il est possible de voyager dans le temps à travers une file d’attente. Je vous laisse deviner la suite.

Cette nouvelle est racontée par un narrateur qui sera tantôt détaché (lorsqu’il philosophe sur la file parfaite, tantôt rapproché (nous rapportant les dialogues qu’il a avec ses amis,) mais il s’agit toujours du même narrateur. Plus vous serez geek, plus vous pigerez de références subtiles à l’univers de Star Wars. On y va de sitations et de personnages plus ou moins obscures. Je m’attendais vraiment à voir ressortir une référence à Han shot first, probablement ma limite geek personnelle.

Le Passager clandestin, par Yves Narbonne

Je dois avouer que j’ai été déçu par Le Passager clandestin d’Yves Narbonne. Ce n’est pas mal écrit, mais j’ai eu l’impression de relire un texte que j’avais déjà lu. Non seulement l’auteur aborde un thème usé (des rêves qui hantent un personnage et le pousse au bord de la folie) mais il le fait sans vraiment y apporter quoi que ce soit de nouveau. Le contexte est commun, les personnages aussi. La finale est prévisible et semble empruntée à un film d’horreur anonyme.

L’écriture de la nouvelle est bien réalisé, par contre. La structure et la narration se tiennent. Le niveau littéraire est peut-être trop recherché mais ça passe assez bien, sauf dans les dialogues qui accrochent parfois.

L’Envoyé de Harva, par Julie Martel

Il y a de ces dédicaces étranges qui attire l’attention et celle de L’Envoyé de Harva de Julie Martel fait définitivement relever un sourcil. En effet, il n’est pas commun de voir un texte dédié à la fois à Ousama Ben Laden et à George W. Bush. Inutile de chercher plus loins pour deviner le sujet de cette nouvelle: le fanatisme religieux.

Julie Martel fait un bon travail à ne pas prendre directement le parti d’un ou de l’autre des personnages réels énoncés plus haut, quoi qu’il n’est pas très difficile de déceler des symboles permettant de les rattacher aux factions de la nouvelle. Même en faisant les parallèles, on ne pourra pas accuser l’auteure de s’attaquer aux Américains ni au Musulmans.

L’histoire est située dans un monde imaginaire qui semble posséder les technologies du début du 20e siècle de notre ère. Elle est racontée via Nicolin Pêcheur, le narrateur, un jeune insulaire qui ne connaît à peu près rien du monde à l’extérieur de son île. Son monde chavire lorsque Ariel Mieux débarque sur l’île avec son avion, à la recherche de l’Envoyé de Harva. Je ne vous révellerai pas un grand mystère si je vous dis que Nicolin est celui que Ariel identifie comme l’Envoyé.

Nicolin est alors transporté sur le continent où il découvre une civilization qu’il ne connaissait pas. Sa vision est par contre déformée par les paroles de Ariel et du ministre du culte de Harva qui ne semblent pas dire toute la vérité à Nicolin. On le charge rapidement d’une mission divine que le jeune homme accepte en toute naïveté.

Julie Martel traite de fanatisme religieux avec une relative légèreté. Le fait de transposer le problème actuel (la religion mise au service d’un guerre aux saveurs économiques) dans un monde imaginaire et de brouiller les symboles facilitent probablement la tâche. On sent bien le personnage principal se faire manipuler même s’il est le narrateur, ce qui n’a pas dû être quelque chose de facile à réaliser.

Amour courtois, par Esther Rochon

Je vous parlais lors de ma critique du numéro 151 de Solaris que certains auteurs avaient des sujets ou des thèmes préférés. Si Élisabeth Vonarbourg écrit souvent sur la mer, Esther Rochon a une préférence pour les univers paralelles. Amour courtois est une nouvelle en trois parties bien distinctes qui ont en commun le labyrinthe. Le labyrinthe est une dimension entre les univers, un endroit par où on peut voyager d’un univers à un autre.

Les textes d’Esther Rochon sont souvent remplis de symboles à bien des niveaux. N’étant pas spéciallement passionné par ce genre de fiction, Amour courtois m’a laissé un goût amer. Je n’ai pas vraiment eu l’impression qu’on me racontait une histoire, mais plutôt qu’on tentait de faire passer un message — qui n’est d’ailleurs pas passé. Il faudrait probablement relire le texte à quelques reprises et prendre des notes afin de découvrir un message sous-entendu.

J’aime bien les textes qui possèdent plusieurs niveaux; c’est à dire que l’histoire qu’on vous raconte veut dire autre chose ou transmet un message plus profond. Mais je m’intéresse surtout à l’histoire du premier niveau. Lorsqu’on se concentre trop sur les autres niveaux, au détriment du premier, l’histoire en souffre et certains lecteurs (moi le premier) se perdront. C’est à mon avis le cas pour Amour courtois.

L’Autre côté, par James P. Blaylock

L’Autre côté est une nouvelle sur le paranormal. Elle met en scène un père de famille auquel il arrive des situations somme toutes banales mais qui ne peuvent être de simples coïncidenses. Quoique divertissante, je ne peux pas dire que L’Autre côté soit une nouvelle qui m’ait vraiment plut. Il ne s’y passe pas vraiment grand chose et le héros est un peu trop banal.

En lisant l’entrevue qu’a donné James P. Blaylock à Hugues Morin (voir plus bas), on apprend entre autres que L’Autre côté est pseudo-auto-biographique. Ce qui me rappele avoir lu à quelque part que la réalité ne fait rarement d’excellentes fictions. Ceci dit, cette nouvelle est bien écrite et bien structurée et la traduction semble être bien réalisée.

L’Autre côté termine le volet fiction du numéro 157 de Solaris.

Échange avec un authentique auteur excentrique… par Hugues Morin

La nouvelle L’Autre côté est suivie d’une présentation de l’auteur James P. Blaylock et de son oeuvre, suivie d’une entrevue qu’il a accordé à Hugues Morin pour le compte de Solaris. On y découvre un auteur qui a abordé plusieurs thèmes au cours de sa carrière, passant de la science-fiction au steampunk jusqu’à la fantasy. Le tout est bien intéressant et nous donne envie de lire les ouvrages de James P. Blaylock.

En tant qu’auteur débutant, je trouve toujours intéressant de lire sur le début de carrière d’autres auteurs. J’aime lire que tel ou tel auteur n’a publié son premier roman qu’à l’âge de 32 ans; je me dis qu’il n’est pas encore trop tard pour moi.

De la science à la science-fiction, par Mario Tessier

Le dernier article dont je vous parlerai pour ce numéro de Solaris est un texte de Mario Tessier portant sur la science dans la science-fiction. L’auteur y va de ses recommandations de magazines, revues et sites web pour les auteurs en devenir qui voudraient parfaire leurs connaissances techniques. En particulier sur les sujets qu’ils voudraient aborder dans leurs oeuvres de science-fiction. Quand-même loins d’être exaustive, cette liste devrait vous tenir occupés pour quelques décénies, en supposant que vous ne lisiez qu’une fraction seulement du matériel proposé.

Placez un signet dans votre numéro 157 et gardez-le près de vous en tout temps; cet article est en soi une référence qu’il serait stupide d’ignorer si vous êtes un auteur en devenir.

J’ai été surpris de lire dans cet articles une description des fils RSS (RSS feeds) ainsi qu’une liste d’émissions baladodiffusées (podcasts) scientifiques. Comme quoi l’auteur est bien à l’affut des technologies émergentes.

Ceci conclut ma critique du numéro 157 de la revue Solaris et marque le début d’un voyage dans le temps que j’entâmerai au cours des prochains mois alors que je lirai (et commenterai) les quelques 4 derniers numéros de Solaris qui sommeillent toujours sur ma table de chevet. D’ici là, continuez de me lire sur Fortrel.Net et, pendant que vous y êtes, pourquoi ne téléchargeriez-vous pas mon dernier Podcast?

2 Responses to “Solaris 157”

  1. Bon numéro, et bonne critique. J’ai beaucoup aimé « Dans la file pour Star Wars« , bien que la fin m’ait un peu déçu. Elle est trop simple à mon goût, disons, alors qu’à mi-chemin dans le texte j’ai cru apercevoir le potentiel pour une tournure plus poignante. La culture geek est bien dépeinte, ce qui m’a amené à me demander: pourquoi ne pas publier, dans une revue de SF&F, une nouvelle qui traite de la culture SF&F même s’il ne s’y passe absolument rien de science-fictionnel ou de fantastique?

    « Amour courtois » m’a dérouté mais m’a plu plus qu’à toi, même si, comme tu le résumes bien, elle est mince au premier niveau. Alors que la SF explore les infinies possiblités du développement technologique et que le fantastique explore, entre autres, toutes les nuances de nos peurs, j’ai souvent l’impression qu’Esther Rochon explore des aspects très précis et peu documentés de notre paysage émotionnel. Elle identifie des états d’âme auxquels je n’aurais pas prêté attention. Ça peut donner des histoires plutôt cryptiques dont je ne prétends pas tout saisir, mais qui valent la relecture. Je n’ai pas tant aimé celle-ci, mais elle m’a intéressé.

    Content de découvrir que nous aurons droit à plus de contenu chaque mois. Je crois que je vais moi aussi profiter du tarif d’abonnement actuel.

  2. En effet. La fin de « Dans la file pour Star Wars«  est simple et prévisible. Je suis sûr qu’une nouvelle sur la culture geek SF&F passerait bien pour ce lectorat (i.e. d’autres geeks), mais je me demande si une revue comme Solaris la publierait, en particulier s’il n’a pas d’élément fantastique ou science-fictionnel. Ça pourrait très bien être le parcours d’idées qu’a eu Jason Taniguchi en écrivant cette nouvelle.

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